Marseille, le 2 janvier 1873
Je cherche dans mon bureau la meilleure plume, la meilleure encre, le meilleur papier, je cherche dans ma petite tête les expressions les plus recherchées et les plus considérées pour pouvoir convenablement et avec la plus grande déférence avoir l’honneur de faire agréer mes vœux de bonne année à un enfant de Marie. Mais je m’aperçois que mon cœur et ma tendresse dominent tout cela et que cet enfant de Marie est ma charmante petite fille Gabrielle [de Lubac] et qu’alors, je n’ai pas besoin de me casser la tête pour trouver des expressions à la hauteur de sa dignité. C’est pourquoi je dirai tout simplement ma bonne Gabrielle que je te souhaite toutes sortes de bonheur. Tu vas terminer tes études cette année, tu rentreras alors dans le monde où t’accompagneront les bons principes que tu as reçus au Sacré-Cœur et ce sentiment religieux que tu nourris dans ton âme. Ils t’aideront à supporter les contrariétés qui se rencontrent dans la vie et te prépareront le bonheur éternel.
Je vois avec plaisir que tu t’appliques et que tes études sont bonnes. Il m’eut été bien doux de pouvoir t’embrasser en renouvelant l’année. Elle ne se passera pas sans que j’ai ce plaisir là. Car j’espère qu’aux vacances, tu nous accorderas un séjour un peu plus long que celui que tu nous donnes ordinairement.
Je pense que tu es en correspondance avec ta cousine Louise Caune qui est au Sacré-Cœur à Orléans. Il parait que ce séjour lui est favorable. On dit qu’elle a engraissé, qu’elle mange bien et se porte à merveille.
Ta mère [Louise d’Agnel de Bourbon] a passé les fêtes de Noël bien seule cette année. Ta tante Rose [d’Agnel de Bourbon] n’a pu y aller. Elle nous a envoyé une fort belle dinde que nous avons mangée en famille. Les Gaudemar [Ferdinand de Gaudemar et Rose d’Agnel de Bourbon] doivent venir dans ce mois-ci mais je n’en connais pas précisément l’époque. Nous aurons le plaisir d’avoir Isabelle [de Gaudemar] et Valentine [de Gaudemar] en même temps.
Ta tante Marie [d’Agnel de Bourbon] a été fatiguée mais elle va mieux. Elle n’a pas pu assister entièrement au mariage de sa nièce Marguerite Caune1 qui a eu lieu lundi dernier. Elle a assisté seulement au repas. M. Puget a une très grande fortune. Il est veuf avec 4 enfants. Les époux sont partis pour Lyon, Paris et Orléans.
Je te remercie ma chère Gabrielle des vœux que tu formes pour moi. Ils partent d’un trop bon cœur pour ne pas être exaucés. Aussi j’y compte pour un peu alléger les souffrances que j’éprouve.
Lyon s’est distinguée pour la fête de l’Immaculée Conception. Nous avons été plus modestes ici. Je vois avec plaisir que vous n’avez pas encore souffert du froid. Peut être l’hiver sera plus doux que nous ne croyons.
Ta tante Sallony [Amélie d’Agnel de Bourbon] et ton oncle [Jules Sallony], Berthe [Sallony] et Pierre [Ménard] qui vont tous bien me chargent de mille amitiés pour toi et moi j’y joins les tendres caresses d’un bon grand-père.
Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon2
Je tiens à disposition 10 f pour tes étrennes, tu me diras ce que tu veux que j’en fasse.
- Marguerite Caune avait pour mère Mathilde Chancel, descendante de Jean-Louis Chancel et Elisabeth Clavier ↩
- Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 2 janvier 1873 ↩