Entrecasteaux le 13 mai 1872
Ma chère Gabrielle [Gabrielle de Lubac], dans ta lettre à ta mère, tu lui dis que tu attends une réponse de moi. De mon côté, j’attendais une lettre de vous autres qui me donnerait des détails sur votre sortie avec mon petit-fils [Pierre] Ménard car personne ne m’a écrit depuis lors. De cette manière, notre correspondance eut pu rester longtemps suspendue. Comme je tiens à ce qu’elle soit plus active, je prends la plume pour te répondre.
Heureusement, j’avais eu par [Pierre] Ménard tous les détails de cette délicieuse journée qu’il vous a fait passer et du régal le lendemain de tout le pensionnat. C’est une époque qui restera gravée dans votre mémoire et vous lui serez reconnaissance de sa complaisance.
Me voilà au milieu de tes bons parents depuis mardi dernier. Je devais venir avec ta tante Marie Caune [Marie d’Agnel de Bourbon] mais elle fut indisposée et ne pu partir avec moi. Nous espérons qu’aujourd’hui, elle viendra nous trouver. Seulement elle ne mènera pas Germaine [Caune] parce qu’elle ne peut rester que quelques jours attendu que sa fille Marie [Caune] fait sa première communion à la fin de ce mois, tu comprends qu’il faut qu’elle y soit présente. Je ne partirai pas avec elle. Je suis si bien ici que j’y prolongerai mon séjour, regrettant seulement que toi et ta sœur, vous ne soyez pas avec nous autres. J’espère que nous compenserons cela les vacances prochaines.
Isabelle de Gaudemar que nous avons gardée quelques jours à Marseille avant d’aller à Riez, nous a donné de vos nouvelles. J’ai appris avec plaisir que tes maux d’estomac avaient disparu. Profite de cette absence pour te bien nourrir afin de nous arriver fraiche et grasse. Quant à Pauline [de Lubac], comme elle mange volontiers la croute de pâte, je ne suis en peine sur son appétit. Embrasse la bien pour moi.
Fais en autant à la chère Valentine [de Gaudemar]. Dis leur à l’une et à l’autre qu’elles soient moins paresseuses pour m’écrire. J’envoie aussi à Isabelle de Campou des affectueux compliments. Quant à elle, nous la posséderons complétement aux vacances.
Ta mère est dans ce moment-ci dans une grande besogne avec sa nombreuse famille de vers à soie. Elle se lève de grand matin et trafique tout le jour. Ils vont très bien et sont sortis de la carte et monteront la semaine prochaine. Ce mouvement du reste fait du bien à ta mère. Ton père va bien. Richon [Marie de Lubac] n’a pas beaucoup grandi en taille mais elle a grandi en sagesse. Je la trouve plus raisonnable. Le travail ne la tue pas car elle joue tout le jour.
Ta tante Euphrosine [Bernard] qui était à Aups s’est hâtée de venir dès qu’elle a su mon arrivée. Nous faisons comme tu sais notre partie ensemble tous les jours. J’ai porté un jeu qu’on appelle le nain jaune. Je ne sais pas si tu le connais. on le joue à plusieurs personnes, il vous amusera aux vacances.
Tu t’apercevras ma chère Gabrielle que j’ai adopté dans ma lettre un nouveau genre de faire les V. C’est que j’ai voulu imiter ceux que tu fais dans tes lettres, seulement je les ai un peu amplifiés. Tu jugeras par ce moyen si ce genre est joli ou bien s’il est préférable de le corriger.
Je ne sais si à Lyon vous avez de plus beaux temps que nous autres. La pluie ici ne peut pas discontinuer. Nous avons eu cependant deux jours de Mistral. Il était froid et nous a obligé à faire du feu le soir.
Tous les habitants du château te font leurs compliments. J’attends que vous m’annonciez toutes de bonnes places en composition. En attendant, j’ai vu avec satisfaction que tu avais obtenu un bien et Pauline un très bien. Tu dois t’appliquer maintenant à devenir enfant de Marie, ce sera une véritable satisfaction que tu procureras à ton bon grand-père.
Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1
Avant de demander à Richon ce qu’elle voulait te dire, elle t’annonce que ton vase a beaucoup de pensées. Si tu veux qu’elle te les envoie.
Monette qui est avec nous te fait ses compliments.