Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 2 janvier 1873

Marseille, le 2 janvier 1873

Je cherche dans mon bureau la meilleure plume, la meilleure encre, le meilleur papier, je cherche dans ma petite tête les expressions les plus recherchées et les plus considérées pour pouvoir convenablement et avec la plus grande déférence avoir l’honneur de faire agréer mes vœux de bonne année à un enfant de Marie. Mais je m’aperçois que mon cœur et ma tendresse dominent tout cela et que cet enfant de Marie est ma charmante petite fille Gabrielle [de Lubac] et qu’alors, je n’ai pas besoin de me casser la tête pour trouver des expressions à la hauteur de sa dignité. C’est pourquoi je dirai tout simplement ma bonne Gabrielle que je te souhaite toutes sortes de bonheur. Tu vas terminer tes études cette année, tu rentreras alors dans le monde où t’accompagneront les bons principes que tu as reçus au Sacré-Cœur et ce sentiment religieux que tu nourris dans ton âme. Ils t’aideront à supporter les contrariétés qui se rencontrent dans la vie et te prépareront le bonheur éternel.

Je vois avec plaisir que tu t’appliques et que tes études sont bonnes. Il m’eut été bien doux de pouvoir t’embrasser en renouvelant l’année. Elle ne se passera pas sans que j’ai ce plaisir là. Car j’espère qu’aux vacances, tu nous accorderas un séjour un peu plus long que celui que tu nous donnes ordinairement.

Je pense que tu es en correspondance avec ta cousine Louise Caune qui est au Sacré-Cœur à Orléans. Il parait que ce séjour lui est favorable. On dit qu’elle a engraissé, qu’elle mange bien et se porte à merveille.

Ta mère [Louise d’Agnel de Bourbon] a passé les fêtes de Noël bien seule cette année. Ta tante Rose [d’Agnel de Bourbon] n’a pu y aller. Elle nous a envoyé une fort belle dinde que nous avons mangée en famille. Les Gaudemar [Ferdinand de Gaudemar et Rose d’Agnel de Bourbon] doivent venir dans ce mois-ci mais je n’en connais pas précisément l’époque. Nous aurons le plaisir d’avoir Isabelle [de Gaudemar] et Valentine [de Gaudemar] en même temps.

Ta tante Marie [d’Agnel de Bourbon] a été fatiguée mais elle va mieux. Elle n’a pas pu assister entièrement au mariage de sa nièce Marguerite Caune1 qui a eu lieu lundi dernier. Elle a assisté seulement au repas. M. Puget a une très grande fortune. Il est veuf avec 4 enfants. Les époux sont partis pour Lyon, Paris et Orléans.

Je te remercie ma chère Gabrielle des vœux que tu formes pour moi. Ils partent d’un trop bon cœur pour ne pas être exaucés. Aussi j’y compte pour un peu alléger les souffrances que j’éprouve.

Lyon s’est distinguée pour la fête de l’Immaculée Conception. Nous avons été plus modestes ici. Je vois avec plaisir que vous n’avez pas encore souffert du froid. Peut être l’hiver sera plus doux que nous ne croyons.

Ta tante Sallony [Amélie d’Agnel de Bourbon] et ton oncle [Jules Sallony], Berthe [Sallony] et Pierre [Ménard] qui vont tous bien me chargent de mille amitiés pour toi et moi j’y joins les tendres caresses d’un bon grand-père.

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon2

Je tiens à disposition 10 f pour tes étrennes, tu me diras ce que tu veux que j’en fasse.

  1. Marguerite Caune avait pour mère Mathilde Chancel, descendante de Jean-Louis Chancel et Elisabeth Clavier
  2. Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 2 janvier 1873

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 26 octobre 1872

Gemenos le 27 août 1872

S’il vous a été pénible de nous quitter, ma chère Gabrielle [de Lubac], sois bien assurée que nous avons éprouvé de notre côté un grand déplaisir de vous voir partir. On prend une si bonne habitude de vivre avec les personnes que l’on aime qu’on éprouve un véritable chagrin de s’en séparer. Mais comme la raison doit toujours venir à notre aide, nous nous consolons un peu en pensant que cette séparation est dans votre intérêt, qu’elle doit achever votre éducation et graver dans votre âme ces sentiments du devoir qui contribuent au bonheur de la vie. Pour toi surtout, ma chère Gabrielle, qui n’a plus qu’un an et même 9 mois à rester en pension, nous avons en perspective l’espérance de te posséder quelques temps avec nous.

Je te fais mes compliments sur tes succès à ton début. J’ai bien reconnu l’application de mon élève par ta place de 1ère en arithmétique et de 1ère en répétition. Les autres places sont également bonnes. Tu ne dis pas combien vous êtes d’élèves en première.

Votre voyage a été un peu contrarié à Avignon mais vous êtes arrivées sain et sauf à Lyon et vous avez revu bien volontiers vos excellentes maîtresses.

Ta mère [Louise d’Agnel de Bourbon] et Richon [Marie de Lubac] sont parties lundi dernier. Elles manquèrent le train du matin et ne nous quittèrent qu’à l’après midi, ce qui les fit arriver tard à Vidauban où elles ne trouvèrent pas la voiture. Ils la prirent à Lorgues et n’arrivèrent que dans la nuit à Entrecasteaux.

Depuis votre départ, nous avons des pluies continuelles, ce qui a dérangé nos parties de croquet. Depuis hier, il fait beau et je désire que cela dure car nous ne quitterons la campagne qu’en novembre. Pierre [Ménard] et Berthe [Sallony] sont encore avec nous. Berthe a pris un peu de courbatures en allant chasser le matin avec l’humide. Pierre a tué ce matin 3 grèves et 5 petits oiseaux. Il va de bonne heure au poste à la colline qu’on a fait arranger. Tous les deux ainsi que M. [Jules Sallony] et Mad Sallony [Amélie d’Agnel de Bourbon] te font leurs amitiés.

Tes cousines Louise et Suzanne Caune sont parties mercredi dernier pour Orléans avec leur père [Henri Caune] parce que leur mère [Marie d’Agnel de Bourbon] est toujours fatiguée. Le moment de la séparation a été celui d’un grand chagrin pour tous. A cause des pluies continuelles que nous avons eu, ils sont partis par Paris. Ils verront Joséphine de Campou dont le mariage avec M. [Victor] Lauzane a eu lieu le 14 de ce mois.

Je te quitte ma chère Pauline pour répondre à l’espiègle Pauline. Mais auparavant, je t’embrasse de tout mon cœur.

Ton bon grand-père

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 27 août 1872

Ste Marthe le 27 août 1872

Ma chère Gabrielle [de Lubac], il est juste que je réponde à ton aimable lettre que j’ai reçue avec bien du plaisir parce qu’elle me prouve que tu penses quelques fois à un vieux grand-père qui t’aime bien et qui regrette d’avoir joui si peu de temps de ta présence. J’espère qu’au moment de retourner aux Anglais, ta mère [Louis d’Agnel de Bourbon] vous accompagnera et viendra séjourner plus longtemps à Gemenos où nous serons alors, car voici le projet : Demain 28, Amélie [d’Agnel de Bourbnon] et Berthe [Sallony] partent de Sylvanes pour passer deux jours à Lodève chez M. [Eugène] Ménard père. De là, elles iront chez Mad de Graves à Saint Martin où elles ont donné rendez-vous à Jules Sallony. Berthe y prolongera un peu son séjour mais Amélie n’y restera que quelques jours. Viendra-t-elle nous donner quelques jours à Ste Marthe ? C’est à quoi nous l’engageons fort. J’ignore si elle le fera. Ensuite nous irons nous installer à Gemenos pour tout le mois de septembre et un peu d’octobre. Fais part de cet itinéraire à ta mère pour qu’elle soit au fait de nos demeures.

Tu sauras, ma chère Gabrielle, que Ste Marthe est devenue le quartier du plaisir par excellence. Deux fois les Soissan [Maurice de Raphélis-Soisan et Léontine Reinaud de Fonvert]1 nous ont invités à deux soirées où l’on a joué de petites comédies. Le cousin Martin y était avec la famille Dolieule venant de la ville, il est vrai qu’ils ont eu l’attention délicate d’envoyer chercher et de ramener en leur voiture les invités. Je n’y suis pas allé parce qu’étant toujours fatigué, je me ménage, mais ma fille et tous les enfants y ont assisté. Un thé comme de raison s’en est suivi.

Dimanche, c’était la fête de Tour Sainte. L’évêque y a passé la journée et y a dit la messe. Il était invité chez M. Arnaud mais à cause du deuil de son père, il a refusé. Il est venu nous voir seulement après le diner. Le diner était fort beau. J’y assistai ainsi que Henri [Caune] et Marie [d’Agnel de Bourbon], ainsi que Henri fils [Caune] et Louise [Caune]. Nous étions plus de 40 à table. Après avoir porté la santé du jeune époux, les neveux de M. Arnaud ont porté la mienne avec des paroles très flatteuses. Je me trouvais très bien ce jour-là, aussi ai-je été content de moi-même. Seulement, je me suis tellement ménagé pour le mariage que malgré les 15 plats qu’il y avait, je suis sorti de table avec appétit.

Tous les habitants de céans t’adressent leurs meilleurs compliments. Louise prépare son trousseau pour aller à Orléans, ce qui ne l’amuse pas beaucoup.

Embrasse bien fort ta bonne mère pour moi, fais en autant à ton cher père [Eugène de Lubac], ajoute lui seulement que je ne reconnais plus son exactitude ordinaire car depuis le numéro du journal Le Var du 15 de ce mois, je n’en ai pas reçu d’autres. Il m’avait cependant bien promis qu’il me les enverrait régulièrement. S’il veut réparer cet oubli, il me fera plaisir en m’adressant tous ceux qui me manquent. Il m’importe de suivre la discussion qui doit avoir lieu au conseil général au sujet de l’hospice des insensés. Je voulais m’abonner pour trois mois mais je ne l’ai pas fait d’après la promesse faite par ton père de m’envoyer chaque fois son journal.

Je pense que tu es exacte, ma chère Gabrielle, à travailler à tes devoirs de vacances. Mille amitiés à Fernand [de Lubac] et à Pauline [de Lubac]. Ils doivent aussi travailler un peu chaque jour. Es-tu contente de Richon [Marie de Lubac] ? Embrasse la pour moi. Ta tante Ferdinand [Rose d’Agnel de Bourbon ?] parait avoir pris racine à La Salette ainsi qu’Isabelle [de Gaudemar ?], elles vont revenir deux saintes.

C’est du meilleur de mon cœur que je me dis ton bon et tendre grand-père. Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon2

Rappelle à ta mère les sonnettes.

J’avais prévenu ton père qu’on n’avait que jusqu’à la fin de ce mois pour retirer l’excédent de l’argent déposé sur les rentes réduites de l’emprunt. Rappelle le lui afin qu’il fasse ce qu’il voudra. Pour moi, j’ai écris à MM. Droche Robin de retirer mon excédent parce que je veux vendre ma misère de 36 f de rente.

  1. Maurice de Raphélis-Soissan et Léontine de Fonvert habitaient Clot Bey à Sainte Marthe
  2. Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 27 août 1872

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 13 mai 1872

Entrecasteaux le 13 mai 1872

Ma chère Gabrielle [Gabrielle de Lubac], dans ta lettre à ta mère, tu lui dis que tu attends une réponse de moi. De mon côté, j’attendais une lettre de vous autres qui me donnerait des détails sur votre sortie avec mon petit-fils [Pierre] Ménard car personne ne m’a écrit depuis lors. De cette manière, notre correspondance eut pu rester longtemps suspendue. Comme je tiens à ce qu’elle soit plus active, je prends la plume pour te répondre.

Heureusement, j’avais eu par [Pierre] Ménard tous les détails de cette délicieuse journée qu’il vous a fait passer et du régal le lendemain de tout le pensionnat. C’est une époque qui restera gravée dans votre mémoire et vous lui serez reconnaissance de sa complaisance.

Me voilà au milieu de tes bons parents depuis mardi dernier. Je devais venir avec ta tante Marie Caune [Marie d’Agnel de Bourbon] mais elle fut indisposée et ne pu partir avec moi. Nous espérons qu’aujourd’hui, elle viendra nous trouver. Seulement elle ne mènera pas Germaine [Caune] parce qu’elle ne peut rester que quelques jours attendu que sa fille Marie [Caune] fait sa première communion à la fin de ce mois, tu comprends qu’il faut qu’elle y soit présente. Je ne partirai pas avec elle. Je suis si bien ici que j’y prolongerai mon séjour, regrettant seulement que toi et ta sœur, vous ne soyez pas avec nous autres. J’espère que nous compenserons cela les vacances prochaines.

Isabelle de Gaudemar que nous avons gardée quelques jours à Marseille avant d’aller à Riez, nous a donné de vos nouvelles. J’ai appris avec plaisir que tes maux d’estomac avaient disparu. Profite de cette absence pour te bien nourrir afin de nous arriver fraiche et grasse. Quant à Pauline [de Lubac], comme elle mange volontiers la croute de pâte, je ne suis en peine sur son appétit. Embrasse la bien pour moi.

Fais en autant à la chère Valentine [de Gaudemar]. Dis leur à l’une et à l’autre qu’elles soient moins paresseuses pour m’écrire. J’envoie aussi à Isabelle de Campou des affectueux compliments. Quant à elle, nous la posséderons complétement aux vacances.

Ta mère est dans ce moment-ci dans une grande besogne avec sa nombreuse famille de vers à soie. Elle se lève de grand matin et trafique tout le jour. Ils vont très bien et sont sortis de la carte et monteront la semaine prochaine. Ce mouvement du reste fait du bien à ta mère. Ton père va bien. Richon [Marie de Lubac] n’a pas beaucoup grandi en taille mais elle a grandi en sagesse. Je la trouve plus raisonnable. Le travail ne la tue pas car elle joue tout le jour.

Ta tante Euphrosine [Bernard] qui était à Aups s’est hâtée de venir dès qu’elle a su mon arrivée. Nous faisons comme tu sais notre partie ensemble tous les jours. J’ai porté un jeu qu’on appelle le nain jaune. Je ne sais pas si tu le connais. on le joue à plusieurs personnes, il vous amusera aux vacances.

Tu t’apercevras ma chère Gabrielle que j’ai adopté dans ma lettre un nouveau genre de faire les V. C’est que j’ai voulu imiter ceux que tu fais dans tes lettres, seulement je les ai un peu amplifiés. Tu jugeras par ce moyen si ce genre est joli ou bien s’il est préférable de le corriger.

Je ne sais si à Lyon vous avez de plus beaux temps que nous autres. La pluie ici ne peut pas discontinuer. Nous avons eu cependant deux jours de Mistral. Il était froid et nous a obligé à faire du feu le soir.

Tous les habitants du château te font leurs compliments. J’attends que vous m’annonciez toutes de bonnes places en composition. En attendant, j’ai vu avec satisfaction que tu avais obtenu un bien et Pauline un très bien. Tu dois t’appliquer maintenant à devenir enfant de Marie, ce sera une véritable satisfaction que tu procureras à ton bon grand-père.

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Avant de demander à Richon ce qu’elle voulait te dire, elle t’annonce que ton vase a beaucoup de pensées. Si tu veux qu’elle te les envoie.

Monette qui est avec nous te fait ses compliments.

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 3 janvier 1872

Marseille le 3 janvier 1872

Ma chère Gabrielle [de Lubac], c’est toujours avec un grand plaisir que je reçois tes vœux de bonne année et que je te remercie des prières que tu as adressées à Dieu pour mon rétablissement. Comme elles partaient du fond d’un excellent cœur, elles ont été exaucées et je suis parfaitement bien maintenant. Seulement à cause des temps qui ne sont pas très beaux, je ne suis pas encore sorti.

Tu ne doutes pas, ma bonne Gabrielle, des souhaits que je forme pour toi. Ils se portent d’abord sur ta santé qui heureusement est bonne, et ensuite sur le travail, car il n’est qu’un temps pour apprendre et il faut le mettre à profit. Je désire que tu m’annonces de bonnes places en composition. J’aurais bien voulu t’embrasser en te donnant tes étrennes, je réserve cela pour plus tard, aux vacances. En attendant, voici ce que je tiens à ta disposition :

  • je te donne pour moi____________________________________________10 f
  • ta tante Sallony [Amélie d’Agnel de Bourbon] m’a remis pour toi_________5
  • ta tante Caune [Marie d’Agnel de Bourbon] m’a remis également pour toi__5
  • J’ai donc pour toi_______________________________________________20 f

Maintenant tu choisiras si tu veux que je te les garde pour les vacances ou bien si tu veux les retirer ou une partie. Tes tantes ajoutent mille amitiés. Raymond de Campou avait dû aller à Lyon et je comptais envoyer quelques bonbons par son occasion mais il a renoncé à son voyage.

Berthe [Sallony] et Pierre [Ménard] te font leurs compliments et moi je t’embrasse de tout mon cœur, ton bon grand-père

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Tu prends l’habitude d’écrire en pieds de mouche. Reprends l’écriture plus grosse que tu avais avant, je pourrai mieux te lire.

 

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 24 octobre 1871

Gemenos le 24 octobre 1871

Ma chère Gabrielle [de Lubac], ta lettre est venue me confirmer les détails que m’avait déjà donnés Fernand sur les contrariétés que vous avez éprouvées en arrivant à la gare d’Avignon de ne point trouver les religieuses qui devaient s’y rencontrer pour vous conduire jusqu’à Lyon. Je conçois combien votre embarras a dû être grand. La providence vous a inspirées l’heureuse idée d’aller vous informer au Sacré-Cœur d’Avignon de ce qui pouvait être cause de ce désappointement puisque la Supérieure vous a engagées de coucher chez elle, qu’une religieuse vous conduirait le lendemain aux Anglais où vous êtes arrivées en bon port. Vous y avez revu vos maîtresses avec beaucoup de plaisir. J’ai reconnu l’esprit de justice de votre responsable supérieure en vous faisant jouir de l’avantage accordé aux élèves qui rentrent exactement le jour fixé puisqu’il n’y avait pas de votre faute et que si vous aviez rencontré les religieuses qu’on vous avait indiquées, vous seriez rentrées le 10 au soir. Maintenant, avez-vous appris quelle a été la cause de l’inexactitude de ces sept religieuses ? Auraient-elles manqué le train, mais dans ce cas, elles auraient pris le train suivant. Toujours est-il que le pauvre Fernand était fort embarrassé et qu’il s’est trouvé bien heureux qu’on allégea sa part de responsabilité. Une chose que je désire savoir et que vous ne m’avez pas apprise, c’est si vous avez été obligées de payer encore la place d’Avignon à Lyon ou si à la gare on vous a tenu compte de vos billets pris à Marseille pour jusque Lyon.

Nous regrettons comme toi ma chère Gabrielle les moments agréables que nous avons passés ensemble à Entrecasteaux. Les réunions de famille sont si agréables. J’espère, si le bon Dieu me prête vie, de les renouveler l’année prochaine. En attendant, travaillez bien, tu as maintenant à gagner de devenir enfant de Marie. Je compte sur ton exactitude et ta bonne conduite pour mériter cet honneur. Mes quatre filles l’ont été, j’espère que mes petites filles ne dérogeront pas et que chacune d’elles obtiendra le grand cordon bleu.

A notre retour d’Entrecasteaux, nous sommes demeurés 4 ou 5 jours à la ville parce que ta tante était un peu fatiguée. Dès qu’elle a été bien, nous sommes venus nous installés à Gemenos avec Berthe [Sallony] et Pierre [Ménard]. Nous y resterons jusqu’après les fêtes de la Toussaint. Dis à Valentine [Caune] que son père [Henri Caune] est avec nous depuis hier soir. Il est venu dès que ta tante Marie [d’Agnel de Bourbon] a quitté la campagne. Il va bien et me charge de lui demander ce qu’il doit faire de divers objets qu’elle avait mis dans sa caisse, qu’il a encore. Elle fait sa seconde classe comme toi. Il faut qu’il y est de l’émulation entre vous deux. Fais lui mes amitiés et dis lui que j’attends avec impatience la lettre qu’elle m’annonce. Pauline [de Lubac], j’espère, se soutiendra bien en 4ème. Embrasse la pour moi. J’espère aussi qu’elle ne me fera pas attendre longtemps une de ses lettres. Pour toi, ma chère Gabrielle, tes lettres me font trop de plaisir pour que tu ne les renouvelles pas souvent.

Fais moi le plaisir de présenter mes hommages à Mad de Mortillet votre digne supérieure. Je suis bien content de vous savoir rentrées sous sa direction, bien que je n’ai qu’a me louer de Mad de Brémond, Supérieure d’Aix. Quoique je ne connaisse pas votre maîtresse générale, veille bien aussi lui présenter mes hommages.

Ta tante et ton oncle te font leurs amitiés, Berthe et son mari te disent mille choses affectueuses et Ferdinand ne veut pas être oublié auprès de toi. Pour moi, c’est toujours avec une nouvelle satisfaction et le cœur plein d’attachement que je me dis ton bon grand-père.

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Dis moi si tu as reçu les deux paquets que j’ai expédiés par la petite vitesse du chemin de fer, dont j’ai payé le port d’avance.

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 29 août 1871

Ste Marthe le 29 août 1871

Ma chère Gabrielle [de Lubac], j’ai appris avec satisfaction que ta santé s’était améliorée depuis que tu es dans ta famille. Il me tarde de te savoir entièrement rétablie afin qu’à la rentrée des classes, tu puisses reprendre les succès que tu as obtenus par ton application. J’espère que vous pourrez retourner aux Anglais, que l’ordre et la tranquillité se consolideront dans le courant de septembre. Je connais que vous éprouvez de la peine à quitter le Sacré-Cœur d’Aix où vous avez été si bien accueillies. Mais aussi aux Anglais vous avez de si bonnes maîtresses qui soupirent après vous.

Tes petites cousines dont je fais la classe chaque matin t’aiment beaucoup et te font leurs compliments. Louise [Caune] t’écrit par le même courrier. Elle conserve toujours un charmant caractère et beaucoup d’application à son travail. Tu la trouveras bien grandie.

Albert [Caune] qui a eu la fièvre scarlatine va tout à fait bien maintenant. La petite Germaine [Caune] est encore à la campagne de l’oncle Arnaud. Parce que l’air y est plus sec, elle va beaucoup mieux.

Nous avons presque tous les jours un petit spectacle fort amusant. Ce sont tes cousins qui se baignent dans le bassin. Louise [Caune], Suzanne [Caune] et Marie [Caune] nagent très bien. Elles plongent même et nagent entre deux eaux. Elles font toutes sortes d’amusement avec leur frère Henri [Caune] qui nage parfaitement.

Je te charge particulièrement ma chère Gabrielle après avoir fait mes amitiés à ta mère [Louise d’Agnel de Bourbon] et ton père [Eugène de Lubac], de faire une caresse pour moi à Mademlle Richon [Marie de Lubac] qui pense j’espère un peu à son grand-père.

Ignorant si Mad de Cadolle est encore auprès de vous autres, je lui adresse à tout hasard les compliments les plus empressés.

J’ai mis à la poste une petite brochure à l’adresse de ton père.

C’est avec le sentiment de la plus vive affection que je me redis ma chère Gabrielle ton bon grand-père.

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 1er mai 1871

Marseille le 1er mai 1871

Ma chère Gabrielle [de Lubac], j’ai à répondre à ta charmante lettre. Je le fais bien volontiers avant de partir pour Hyères avec ta tante Sallony [Amélie d’Agnel de Bourbon]. C’est après-demain, mercredi, que nous nous mettrons en route pour aller rejoindre Berthe [Sallony] et Pierre [Ménard]. Nous avons tout autant envie de les embrasser qu’ils en ont eux-mêmes. Tu dois savoir que ton père [Eugène de Lubac] leur a fait une visite d’un jour en retournant à Entrecasteaux. Il nous a quitté plus tôt qu’il ne croyait à cause des élections parce qu’il remplit les fonctions de Maire comme le premier conseiller inscrit au tableau par évènement. Il aurait pu se dispenser de tant se presser puisqu’on a décidé de s’abstenir de tout vote, ce qui selon moi est une très mauvaise détermination car le proverbe dit qui quitte la partie la perd.

Je conçois qu’on est un peu surpris lorsqu’on change de résidence, mais pour vous autres, ce doit être beaucoup plus facile de s’habituer que vous retrouvez Mad de La Rochette qui vous aime beaucoup et une Supérieure dont la bonté est bientôt sympathique. Les dames du Sacré-Cœur offrent un très grand avantage. Elles joignent à la bonne éducation, à la douceur de leur caractère, des manières séduisantes. Lorsqu’on joint à cela la bonté du cœur, on conçoit facilement qu’on les aime beaucoup. Tu dois donc être bien habituée à présent. Je ne doute pas que tu ne mettes beaucoup de bonne volonté et d’empressement à plaire à ses dames et que tu n’apportes beaucoup d’application à tes études. Que fait la chère Pauline [de Lubac] ? Je ne pense pas que je recevrai une lettre d’elle à Hyères. Quelle classe fait-elle ? Embrasse la pour moi.

Je fus déjeuner dernièrement au Prado. Isabelle de Campou me charge de vous faire ses compliments. Je ne vois pas qu’on s’occupe de la faire travailler. C’est fâcheux parce qu’elle reculera au lieu d’avancer.

Il est possible qu’après Hyères, j’aille faire une visite à ta mère [Louise d’Agnel de Bourbon]. Elle a renoncé à aller faire des vers à soie au Plan. Ton père [Eugène de Lubac] a consulté ici un oculiste qui lui a prescrit un régime sévère. Il parait qu’il le suit et commence à se trouver mieux pour sa vue

Mad de Cadolle et ta tante Euphrosine [Bernard ?] m’attendent pour faire la partie.

Tes tantes et tes oncles te font leurs amitiés et moi je t’embrasse de tout cœur. Ton bon grand-père

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 29 mars 1871

Marseille, le 29 mars 1871

Ma chère Gabrielle [de Lubac], je me hâte de profiter du peu de temps qui me reste encore pour avoir la lucidité ordinaire pour exprimer mes pensées afin de répondre à ta bonne lettre que j’ai reçue avec grand plaisir. Ne t’effraye pas trop du début de ma lettre, mieux que personne autre tu dois en comprendre le sens puisque tu es convaincue (d’après ta lettre) que je rajeunis tous les jours. Or par l’effet de ce rajeunissement si rapide, je ne puis tarder de rentrer bientôt en nourrice et tu comprends qu’alors ne me nourrissant que du lait de ma nourrice, tout au  plus ne pourrais-je articuler que papa, mama. Cependant, comme pour en arriver là il me faudra nécessairement repasser de nouveau sur les bancs de l’école, je pourrais bien profiter alors d’un moment de vacances pour écrire à ma chère Gabrielle.

Nous jouissons comme tu le dis de la présence d’Isabelle [de Gaudemar] et de Valentine [de Gaudemar], mais nous regrettons de ne pas posséder avec elles Gabrielle [de Lubac] et Pauline [de Lubac]. Il faut espérer qu’après Pâques nous en serons dédommagés car d’une manière ou d’une autre, il faudra bien rentrer en pension. J’avais espéré qu’après la paix avec les prussiens, les Anglais rouvriraient les classes mais voilà que d’autres évènements fâcheux d’un autre genre rendent cette réouverture incertaine. En l’état, j’ai cru devoir écrire à la Supérieure afin que si vous ne pouviez pas rentrer de suite chez elle, elle voulut bien m’accorder sa coopération auprès du Sacré-Cœur d’Aix pour y obtenir quelques facilités. Dis à ta maman que je lui ferai part de la réponse lorsque je la recevrai. Mon projet serait d’y mettre Valentine en attendant.

La première communion de Maxime [de Gaudemar] est fixée au lundi de Pâques. En conséquence, si nous sommes tous bien (je dis cela parce que Amélie [d’Agnel de Bourbon] et moi avons été un peu fatigués par la grippe), nous irons coucher le jour de Pâques à Aix pour y être de bonne heure le lendemain. Je pense que Rose [d’Agnel de Bourbon] viendra de son côté et ensuite elle emmènera une ou deux de ses filles.

Comme malgré mon rajeunissement j’ai gardé deux jours le lit avec un peu de fièvre, je n’ai pu écrire comme je le comptais en vous envoyant les oranges. Je n’ai pas pu aussi comme je le désirais, en envoyer pour ta tante et pour Lorgues. Je suis charmé qu’elles vous aient fait plaisir.

Dis à ta maman [Louise d’Agnel de Bourbon] que sa commission n’a pas été encore remplie, Amélie ne sortant pas et encore moins Marie qui a été esclave pendant longtemps auprès de cette pauvre petite Jeanne qu’elle a eu ensuite la douleur de voir mourir. Dis lui que Isabelle voulant acheter un manuel de piété, je crois qu’elle ferait bien d’autoriser l’échange. Si elle y consent, elle me le dira.

Jules Sallony arrive ce soir. Berthe [Sallony] et Pierre [Ménard] sont à Hyères. Les évènements qui les ont effrayés les ont fait partir parce que dans la position de Berthe, les grands effrois sont très mauvais et qu’elle en avait éprouvé un lorsque son mari était de garde au Palais.

Embrasse bien pour moi ta chère maman [Louise d’Agnel de Bourbon], ton cher père [Eugène de Lubac], Pauline [de Lubac] et Richon [Marie de Lubac], mes amitiés à Mad Ferdinand et mes civilités à Mad de Canole que je désirerais bien connaître.

Pour toi ma chère Gabrielle c’est de tout mon cœur que je t’embrasse. Ton vieux grand-père.

Cte[Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

On a demandé à Pierre l’adresse de son oncle.

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 4 mars 1870

Marseille, le 4 mars 1870

Ma chère Gabrielle [de Lubac], c’est toujours avec un bien grand plaisir que je reçois de tes nouvelles. D’abord parce que tu m’exprimes tes tendres sentiments pour moi, qui sont bien partagés de mon côté, et ensuite parce que tes lettres renferment constamment l’annonce des bonnes places de composition que tu as obtenues. J’espère comme toi que tu recevras à Pâques quelques récompenses de ton application. Tu apprécies maintenant l’avantage de se bien conduire et tous tes parents jouissent de tes succès. Tes excellentes maîtresses doivent redoubler d’attachement pour toi. Continue toujours de même et nous aurons plus tard la satisfaction de te voir reçue enfant de Marie, ce qui est un certificat de sagesse pour toute la vie.

Votre respectable supérieure, Mad de Serre, a éprouvé une grande affection par la mort de son oncle le cardinal de Bonald. Témoigne lui de ma part combien je m’y associe, adoucissez lui son chagrin par vos soins et votre bonne conduite.

Ta tante Rose [d’Agnel de Bourbon] et Isabelle [de Gaudemar] viennent de nous quitter ce matin à 9hres pour aller à Aix pour la journée et repartir le soir pour Riez. Elle mettront en passant Maxime [de Gaudemar] au pensionnat de Ste Croix1 (autrefois les frères gris). Ce petit drôle ne faisant rien à Avignon à cause de sa paresse et de sa mauvaise tête, je l’aurai plus rapproché et par conséquent je pourrai mieux le surveiller. Il est resté seulement 2 jours avec nous. Le départ de tante Rose nous est bien pénible, nous restons seuls avec ma fille Amélie [d’Agnel de Bourbon] à la maison, son mari [Jules Sallony] étant encore à Paris.

Tu m’avais annoncé une lettre de Valentine [de Gaudemar]. Je l’attends encore. Dis lui  que je la recevrai avec plaisir. Recommande lui seulement qu’elle s’applique à l’écriture pour que je puisse la lire. Fais lui mes amitiés ainsi qu’à Pauline [de Lubac] dont je recevrai aussi des lettres bien volontiers. J’espère qu’on est toujours content d’elle et qu’elle fera comme toi une bonne élève.

Berthe [Sallony] que nous voyons souvent va bien et te fais ses compliments, tes tantes en font autant et moi, ma chère Gabrielle, je te renouvelle l’assurance de bon bien sincère attachement. Ton bon grand-père.

Cte[Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon2

Applique toi à gagner un bon accent pendant que tu es à Lyon, cela sied si bien à une jeune demoiselle.

Dis bien des choses de ma part à ta cousine [Isabelle de Campou]. Son frère Pierre [de Campou] ne retournera à Paris qu’après Pâques.