Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 29 mars 1871

Marseille, le 29 mars 1871

Ma chère Gabrielle [de Lubac], je me hâte de profiter du peu de temps qui me reste encore pour avoir la lucidité ordinaire pour exprimer mes pensées afin de répondre à ta bonne lettre que j’ai reçue avec grand plaisir. Ne t’effraye pas trop du début de ma lettre, mieux que personne autre tu dois en comprendre le sens puisque tu es convaincue (d’après ta lettre) que je rajeunis tous les jours. Or par l’effet de ce rajeunissement si rapide, je ne puis tarder de rentrer bientôt en nourrice et tu comprends qu’alors ne me nourrissant que du lait de ma nourrice, tout au  plus ne pourrais-je articuler que papa, mama. Cependant, comme pour en arriver là il me faudra nécessairement repasser de nouveau sur les bancs de l’école, je pourrais bien profiter alors d’un moment de vacances pour écrire à ma chère Gabrielle.

Nous jouissons comme tu le dis de la présence d’Isabelle [de Gaudemar] et de Valentine [de Gaudemar], mais nous regrettons de ne pas posséder avec elles Gabrielle [de Lubac] et Pauline [de Lubac]. Il faut espérer qu’après Pâques nous en serons dédommagés car d’une manière ou d’une autre, il faudra bien rentrer en pension. J’avais espéré qu’après la paix avec les prussiens, les Anglais rouvriraient les classes mais voilà que d’autres évènements fâcheux d’un autre genre rendent cette réouverture incertaine. En l’état, j’ai cru devoir écrire à la Supérieure afin que si vous ne pouviez pas rentrer de suite chez elle, elle voulut bien m’accorder sa coopération auprès du Sacré-Cœur d’Aix pour y obtenir quelques facilités. Dis à ta maman que je lui ferai part de la réponse lorsque je la recevrai. Mon projet serait d’y mettre Valentine en attendant.

La première communion de Maxime [de Gaudemar] est fixée au lundi de Pâques. En conséquence, si nous sommes tous bien (je dis cela parce que Amélie [d’Agnel de Bourbon] et moi avons été un peu fatigués par la grippe), nous irons coucher le jour de Pâques à Aix pour y être de bonne heure le lendemain. Je pense que Rose [d’Agnel de Bourbon] viendra de son côté et ensuite elle emmènera une ou deux de ses filles.

Comme malgré mon rajeunissement j’ai gardé deux jours le lit avec un peu de fièvre, je n’ai pu écrire comme je le comptais en vous envoyant les oranges. Je n’ai pas pu aussi comme je le désirais, en envoyer pour ta tante et pour Lorgues. Je suis charmé qu’elles vous aient fait plaisir.

Dis à ta maman [Louise d’Agnel de Bourbon] que sa commission n’a pas été encore remplie, Amélie ne sortant pas et encore moins Marie qui a été esclave pendant longtemps auprès de cette pauvre petite Jeanne qu’elle a eu ensuite la douleur de voir mourir. Dis lui que Isabelle voulant acheter un manuel de piété, je crois qu’elle ferait bien d’autoriser l’échange. Si elle y consent, elle me le dira.

Jules Sallony arrive ce soir. Berthe [Sallony] et Pierre [Ménard] sont à Hyères. Les évènements qui les ont effrayés les ont fait partir parce que dans la position de Berthe, les grands effrois sont très mauvais et qu’elle en avait éprouvé un lorsque son mari était de garde au Palais.

Embrasse bien pour moi ta chère maman [Louise d’Agnel de Bourbon], ton cher père [Eugène de Lubac], Pauline [de Lubac] et Richon [Marie de Lubac], mes amitiés à Mad Ferdinand et mes civilités à Mad de Canole que je désirerais bien connaître.

Pour toi ma chère Gabrielle c’est de tout mon cœur que je t’embrasse. Ton vieux grand-père.

Cte[Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

On a demandé à Pierre l’adresse de son oncle.

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 4 mars 1870

Marseille, le 4 mars 1870

Ma chère Gabrielle [de Lubac], c’est toujours avec un bien grand plaisir que je reçois de tes nouvelles. D’abord parce que tu m’exprimes tes tendres sentiments pour moi, qui sont bien partagés de mon côté, et ensuite parce que tes lettres renferment constamment l’annonce des bonnes places de composition que tu as obtenues. J’espère comme toi que tu recevras à Pâques quelques récompenses de ton application. Tu apprécies maintenant l’avantage de se bien conduire et tous tes parents jouissent de tes succès. Tes excellentes maîtresses doivent redoubler d’attachement pour toi. Continue toujours de même et nous aurons plus tard la satisfaction de te voir reçue enfant de Marie, ce qui est un certificat de sagesse pour toute la vie.

Votre respectable supérieure, Mad de Serre, a éprouvé une grande affection par la mort de son oncle le cardinal de Bonald. Témoigne lui de ma part combien je m’y associe, adoucissez lui son chagrin par vos soins et votre bonne conduite.

Ta tante Rose [d’Agnel de Bourbon] et Isabelle [de Gaudemar] viennent de nous quitter ce matin à 9hres pour aller à Aix pour la journée et repartir le soir pour Riez. Elle mettront en passant Maxime [de Gaudemar] au pensionnat de Ste Croix1 (autrefois les frères gris). Ce petit drôle ne faisant rien à Avignon à cause de sa paresse et de sa mauvaise tête, je l’aurai plus rapproché et par conséquent je pourrai mieux le surveiller. Il est resté seulement 2 jours avec nous. Le départ de tante Rose nous est bien pénible, nous restons seuls avec ma fille Amélie [d’Agnel de Bourbon] à la maison, son mari [Jules Sallony] étant encore à Paris.

Tu m’avais annoncé une lettre de Valentine [de Gaudemar]. Je l’attends encore. Dis lui  que je la recevrai avec plaisir. Recommande lui seulement qu’elle s’applique à l’écriture pour que je puisse la lire. Fais lui mes amitiés ainsi qu’à Pauline [de Lubac] dont je recevrai aussi des lettres bien volontiers. J’espère qu’on est toujours content d’elle et qu’elle fera comme toi une bonne élève.

Berthe [Sallony] que nous voyons souvent va bien et te fais ses compliments, tes tantes en font autant et moi, ma chère Gabrielle, je te renouvelle l’assurance de bon bien sincère attachement. Ton bon grand-père.

Cte[Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon2

Applique toi à gagner un bon accent pendant que tu es à Lyon, cela sied si bien à une jeune demoiselle.

Dis bien des choses de ma part à ta cousine [Isabelle de Campou]. Son frère Pierre [de Campou] ne retournera à Paris qu’après Pâques.

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 5 décembre 1869

Marseille le 5 Xbre 1869

Ma chère Gabrielle [de Lubac], ta maman est retournée hier à Entrecasteaux. En partant, elle m’a laissé une lettre pour toi. Je te l’expédie mais je tiens à y joindre quelques mots pour te féliciter sur tes succès et t’exprimer tout le plaisir qu’ils m’ont causés. On ne peut avoir de meilleures places en composition que les tiennes. Continue toujours de même et, en y joignant une parfaite conduite, tu seras sur la voie pour obtenir d’être enfant de Marie avec le ruban bleu. Ta mère [Louise d’Agnel de Boubon] et toutes tes tantes ont obtenu de l’être lorsqu’elles ont quitté la pension. J’espère que mes petites filles marcheront sur leurs traces. C’est un certificat qui fait honneur toute la vie.

Le départ de ta mère a été un peu adoucis par l’idée que nous la reverrons bientôt car elle viendra assister au mariage de Berthe [Sallony] et je pense qu’il aura lieu dans le courant de janvier. Nous cherchons une maison que nous n’avons pas encore trouvée. Je regrette que vous ne soyez pas ici pour y assister.

Vous avez vu dernièrement votre oncle [Henri] de Blowitz. Il nous a donné de fort bonnes nouvelles de vos santés. Il parait que vous supportez très bien les premiers froids qui doivent être encore plus forts à Lyon qu’ici. L’essentiel est que vous soyez bien couvertes et que vous fassiez de l’exercice pendant les récréations.

J’ai appris avec plaisir que ta sœur Pauline [de Lubac] s’était habituée facilement à la vie de pension. Embrasse la pour moi en lui recommandant de suivre ton exemple. Mes amitiés à Valentine [de Gaudemar]. Je leur écrirai bientôt à l’une et à l’autre mais aujourd’hui, il faut que je te quitte pour aller entendre la messe et ensuite déjeuner chez ma fille Mad Caune [Marie d’Agnel de Bourbon]. Sa fille Louise [Caune] va tout à fait bien. Elle attend le beau temps pour faire sa première sortie. Les autres enfants vont bien.

Ta tante [Amélie d’Agnel de Bourbon], ton oncle [Jules Sallony] et Berthe [Sallony] te font leur compliment et moi je t’embrasse de tout mon cœur. Ton bon grand-père.

Cte[Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 14 août 1869

Mauroue1 le 14 août 1869

Ma chère Gabrielle [de Lubac], je viens te féliciter sur tes succès à la distribution des prix qui a eu lieu aux Anglais, tu ne pouvais m’annoncer des nouvelles qui me fussent plus agréables. Tu dois être satisfaite de toi-même et t’engager à continuer l’année prochaine. Pour cela, ne néglige pas de travailler un peu pendant les vacances. Tu as aussi un autre rôle à remplir, c’est de mettre ta sœur Pauline [de Lubac] au courant des études des Anglais puisqu’elle doit t’y accompagner cette année. Tu sais que nous avons le projet d’aller vous voir en quittant Riez. Ce sera sans doute dans le courant de la semaine qui suivra celle où nous allons entrer. Nous voulons celle-ci jouir de la compagnie des Blowitz [Henri de Blowitz et Anne Amélie Arnaud]2 que nous attendons maintenant tous les jours. Je pense qu’ils nous indiquerons le jour de leur arrivée afin qu’on puisse aller les attendre à la ville. Par la lettre de Fernand, il semble qu’ils arriveront lundi 16 et alors aujourd’hui en allant à la ville on doit trouver une lettre d’eux.

Embrasse Pauline [de Lubac] et Richon [Marie de Lubac] de ma part. Dis à cette dernière que j’espère la trouver toujours bien gentille.

Nous avons de forts beaux temps pour jouir de la campagne. Aussi avant hier  tout le monde excepté moi sont allés l’après midi voir les Fonvert3. Comme la voiture ne peux pas y aller, je suis resté tout seul. Mercredi prochain, ils y vont tous dîner et moi je m’amuserai à faire du patin. Je serai content de voir s’amuser les autres.

Chacun te fait ses amitiés et a été enchanté des prix que tu as obtenus.

Je te quitte pour aller diner car l’appétit ne me manque pas mais auparavant je t’embrasse de tout mon cœur en me disant ton bon grand-père.

Cte[Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon[1. Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 14 août 1869]

  1. Propriété de Ferdinand de Gaudemar à Riez
  2. Voir aussi l’article sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Opper_de_Blowitz
  3. Il y a eu trois mariages entre des Fonvert et des Raphélis-Soissan

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 26 juin 1869

Ste Marthe le 26 juin 1869

Mes chères petites filles, je vous remercie toutes les deux des bonnes lettres que vous m’avez écrites pour me souhaiter une bonne fête. Vous ne pouviez pas m’offrir des bouquets plus agréables que de m’annoncer, toi Valentine [de Gaudemar], que tu étais reçue de la congrégation des anges et toi Gabrielle [de Lubac] que tu avais obtenu la croix de sagesse et en même temps que vous aviez de bonnes places en composition. Cela ne m’a pas empêché d’être très sensible et de vous en remercier des pantoufles et du bonnet que vous m’annoncez. Je viens de recevoir les pantoufles par la poste, elles sont fort jolies. J’attends le bonnet aux vacances. J’espère aussi qu’à cette époque, vous me porterez aussi des prix, ce qui me causera une grande joie.

J’ai à vous annoncer une bien triste nouvelle. Le pauvre M. Caune, le père (c’est à dire le grand-père) est mort avant-hier. Il a été regretté universellement parce que c’était un brave homme qui faisait beaucoup de bien. Aussi doit-il jouir maintenant de la gloire éternelle. Vous ferez bien d’écrire conjointement une lettre de condoléances à votre tante Marie [d’Agnel de Boubon] dans laquelle vous lui exprimerez vos regrets et les ferez exprimer à votre oncle [Louis Henri Caune] qui est bien chagrin de la perte de son père.

Ta petite pensée, ma chère Gabrielle, est une idée fort heureuse que tu as eue. Elle m’a fait plaisir. Vos pensées mes chères petites filles me sont fort agréables. Je les mérite car je vous aime bien et pense souvent à vous autres.

Je présume que lors des vacances qui approchent, on vous conduira à Marseille. Il sera bon de vous en assurer auparavant et de nous en avertir.

Nous attendons ma fille Amélie [d’Agnel de Bourbon] et Berthe [Sallony] un de ces jours pour passer quelques jours ici.

Dis moi ma chère Valentine comment il se fait que ton encre est blanche et celle de Gabrielle noire ? Je t’engage aussi à mieux former te lettres parce que j’ai beaucoup de peine à te lire. Il faut ménager ma vue.

Je continue d’aller mieux et vous embrasserai bien volontiers pour les vacances.

Toutes vos cousines vous font leurs compliments. Elles m’ont offert leurs bouquets le jour de St Jean-Baptiste mais la mort de M. Caune a rendu cette fête bien triste.

Veuillez présenter mes hommages à votre respectable supérieure Mad de Serre et recevoir pour vous deux les tendres embrassements de votre bon grand-père.

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 12 mai 1869

Marseille le 12 mai 1969

Ma chère Gabrielle [Gabrielle de Lubac], si ta lettre par tante Marie n’a pas pu me donner le détail des plaisirs que tu as goûtés dans votre sortie parce qu’elle était faite d’avance, ta tante me les a donnés dans une lettre qu’elle m’a écrite depuis lors. Il parait que vous vous êtes bien amusées et qu’elle vous a gâtées. Voilà la récompense d’une bonne conduite. Il n’en a pas été de même de Fernand [Fernand de Lubac]. Tu n’as pas pu l’embrasser, c’est bien de sa faute. Cet imbécile là savait que sa tante devait le faire sortir, il aurait dû redoubler de sagesse afin de profiter de cette bonne occasion. Le supérieur a été inflexible. Si cela lui sert de leçon, ce sera fort heureux. On m’a dit que tu étais florissante de santé. Conserve la bien afin que nous en jouissions lorsque les vacances qui approchent viendront combler nos vœux mutuels. Je compte que tu nous apporteras quelques prix. J’ai été très content d’apprendre tes places en composition, 2ème en histoire et 1ère en répétition du mois. J’accepte l’heureuse augure que tu me donnes que ta prochaine lettre m’annoncera plusieurs premières. Continue à être bien sage et à bien satisfaire tes maîtresses et la bonne Mad de Serre dont je suis reconnaissant de toutes ses bontés. Elle m’a promis que ta sœur Pauline [de Lubac] entrerait après les vacances. Je ne sais si elle lui a donné un numéro.

Je sais ma chère Gabrielle que tu pries toujours pour que ma santé se rétablisse complètement. Il y a encore à faire pour que je sois tout à fait bien mais cependant, je vais mieux. Je pense qu’à la fin de mois nous irons à la campagne. Là, le bon air, la tranquillité me seront favorables.

Je t’engage en t’écrivant de corriger une lettre de l’alphabet qui devient indéchiffrable. C’est la lettre v. Tu l’écris ainsi v ce qui ressemble à une S. Tu feras donc bien de ne pas jeter ta plume aussi haut. Du reste, ton écriture est lisible, seulement pour moi, je la désirerais un peu plus grosse.

Je te ferai la même recommandation que j’ai faite à Valentine [de Gaudemar] c’est de profiter de ton séjour à Lyon pour gagner un bon accent, cela sied si bien à une demoiselle.

Tu as appris sans doute la mort de la pauvre Marie de Lumley. Après avoir beaucoup souffert elle a enfin rendu son âme à Dieu la semaine dernière. Il est cruel de mourir si jeune, elle avait 25 ans. Cela prouve qu’il faut toujours être prêt à paraître devant le souverain créateur.

Isabelle de Gaudemar a été bien heureuse de revoir à Aix Mad de La Rochette. Savez-vous si elle doit retourner bientôt aux Anglais ? Je sais que vous la désirez toutes beaucoup. Je n’ai pas le plaisir de la connaître. Veuille bien présenter mes très humbles hommages à Mad de Serre.

Reçois les amitiés de mes alentours et de Berthe [Sallony] en particulier et l’expression du bien tendre attachement de ton bon grand-père. Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 26 février 1869

Marseille le 26 février 1869

Ma chère Gabrielle [Gabrielle de Lubac], il est juste que tu sois une des premières auxquelles j’écris à mesure que mes forces reviennent car tu as prié Dieu avec tant de ferveur qu’il a exaucé tes prières et m’a rendu la santé. Je suis maintenant en convalescence et comme l’appétit est revenu, les forces augmentent chaque jour. Non seulement tes prières m’ont fait du bien mais encore les bonnes nouvelles sur tes études. J’ai appris avec bien du plaisir que tu avais été 1ère en ouvrage, 2ème en répétition et 3ème en lecture et que ta conduite est toujours très bonne. C’est parce que je t’aime bien que je prends une vie part à tes succès. Continue toujours à te bien appliquer, tu en retireras les premiers avantages.

Vous êtes bien heureuses d’avoir d’aussi bonnes maîtresses qui s’ingénient pour trouver de nouveaux moyens de vous distraire pendant les jours de congé. Vous devez leur en témoigner votre reconnaissance par votre docilité et votre application.

J’ai encore la satisfaction d’avoir auprès de moi ta maman [Louise d’Agnel de Boubon], ta tante [Rose d’Agnel de Bourbon] et oncle [Ferdinand] de Gaudemar et Isabelle [Isabelle de Gaudemar]. Comme je ne sors pas encore de mon appartement, c’est une société très agréable pour moi. Ma belle-fille [Suzanne Dupont] est restée trois semaines ici avec ses deux enfants [Pierre d’Agnel de Bourbon et Jane d’Agnel de Bourbon]. Elle est retournée à Amiens. Elle n’a pas pu s’arrêter à Lyon pour vous voir parce qu’elle était pressée de remettre Pierre à ses études.

Je te prie de faire mes compliments à Isabelle de Campou et de la remercier de ses bonnes prières.

Tes tantes, ta maman [Louise d’Agnel de Boubon] et Isabelle te font leurs amitiés et moi je t’embrasse de tout mon cœur.

Ton bon grand-père. Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 27 juin 1868

Entrecasteaux le 27 juin 1868

Ma chère Gabrielle [Gabrielle de Lubac], ce sont donc toujours de nouveaux compliments qu’il faut te faire car cela en mérite bien un nouveau en apprenant que tu as été premier cordon. Je vois avec plaisir que ta première communion a produit son effet puisqu’elle t’a fait redoubler d’ardeur et de sagesse.pour mériter cette distinction extrêmement flatteuse. Tu concevras facilement tout le plaisir que nous en avons éprouvé, ta mère [Louise d’Agnel de Boubon], ton père [Eugène de Lubac] et moi [Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon]. Cela nous est une garantie que tu persévères toujours dans le bien et que tu te rendras digne des bontés de tes excellentes maîtresses. Ton père est revenu enchanté des relations qu’il a eu avec elles et ne pouvait se lasser de faire l’éloge de Mad de Serre et de Mad de La Rochette. Demande leur souvent des conseils et ne néglige pas de les suivre. Présente leur mes hommages respectueux.

Je connais combien tu as été peinée de ne pas voir ton frère [Fernand de Lubac] parmi les assistants à la mémorable cérémonie. Il en a eu bien du regret lui-même mais il faut convenir que la mesure adoptée par le supérieur de Mongré est trop sage et trop raisonnable pour ne pas l’approuver. Car il fallait éviter d’introduire la rougeole dans l’établissement. Enfin, voici le moment des vacances qui approche et alors nous nous retrouverons tous ensemble car nous entendons te garder un peu à Marseille.

Je compte partir lundi prochaine pour aller à Nice trouver ma fille Mad Sallony [Amélie d’Agnel de Boubon]. Nous en repartirons vers le 6 ou le 7 juillet pour retourner à Marseille. Comme tu me demandes l’adresse de ta tante Sallony, je vais te la donner : rue Jutler 3 à Nice. Seulement je t’observerai que si tu veux qu’elle y reçoive ta lettre, il faudrait lui écrire de suite. Si tu veux qu’elle reçoive ta lettre encore à Nice car elle en partira le 6 ou le 7 juillet.

Je fais travailler un peu ta sœur Pauline [Pauline de Lubac]. Elle a assez de facilité, il faudrait seulement parvenir à fixer un peu plus son attention. Richon [Marie de Lubac] est toujours gentille lorsqu’elle veut mais elle a bien quelques petits caprices.

Isabelle de Gaudemar est encore avec nous. Elle te fait ses compliments.ainsi que tes sœurs, ton père, ta mère et moi en t’exprimant mes meilleurs sentiments. Je t’embrasse en bon et tendre grand-père. Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 30 avril 1868

Marseille le 30 avril 1868

Ma chère Gabrielle [Gabrielle de Lubac], indépendamment de ta lettre, j’ai eu de tes nouvelles par mon neveu Louis de Campou qui vous a fait sortir un jour et vous a fait bien amuser. Il vous aurait fait sortir encore une fois s’il n’avait pas emmené à Grenoble Isabelle [de Campou] avec lui. Cette dernière a eu le plaisir d’embrasser sa sœur Marie [de Campou] au couvent où elle se trouve. Marie m’a écrit une charmante lettre. Elle parait se bien habituer  aux habitude du couvent et désirer prendre l’habit de novice.

Les renseignements sur ton compte sont toujours très satisfaisants, ce qui me procure une vive joie. Tes très bien me rendent très content. Il est certain qu’en approchant de l’époque de ta première communion, tu dois te rendre toujours de plus en plus digne de cet acte si important dont tu ressentiras les effets toute ta vie si tu y apportes cet esprit de piété, de recueillement si agréable à Dieu. Est-ce que l’époque n’en est pas encore fixée, tu me la feras connaître quand tu la sauras. Ta mère [Louise d’Agnel de Bourbon] a le projet d’aller y assister, ce qui sera très agréable pour toi. Je me charge de te donner le livre de messe dans le même genre que celui que j’ai donné à Valentine [de Gaudemar]. Ta mère le portera en allant.

Tu sais que tes lettres me font bien plaisir. Je désire que tu les détailles bien et surtout que tu me parles de tes études, de tes places en composition. Mais comme il n’est pas juste que je fasse supporter ce plaisir à ta bourse, je t’envoie ci joint 10 timbres poste. Il y en a 5 pour toi et 5 que tu remettras à Valentine [de Gaudemar].

Nous allons tous bien. Berthe [Sallony] avait un été un peu indisposée à la suite d’un refroidissement mais elle est remise. Elle me charge, ainsi que tes tantes, de te faire leurs compliments.

Il parait qu’on vous a fait amuser pendant vos vacances de Pâques. Vos maîtresses sont si bonnes qu’elles s’ingénient pour trouver des moyens toujours nouveaux pour vous distraire. Il faut leur en témoigner votre reconnaissance en les bien contentant.

Je t’embrasse de tout mon cœur ma bonne Gabrielle et me dis ton bon grand-père. Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 6 février 1868

Marseille le 6 février 1868

Ma chère Gabrielle [Gabrielle de Lubac], j’ai reçu ta lettre avec plaisir et les détails qu’elle renferme sur le grand congé que vous avez eu. Vos maîtresses s’efforcent de trouver les moyens de vous amuser, de vous être agréables. Il est juste que de votre côté vous cherchiez à leur être agréables à votre tour en étant bien obéissantes et bien appliquées. D’ailleurs en agissant ainsi vous travaillez plus pour vous autres que pour elles. J’ai lu ton bulletin qui est bon. J’y ai vu seulement avec étonnement son caractère a besoin d’être travaillé. Cela m’a étonné parce que je te croyais d’une douceur d’ange. Songe bien que la douceur doit être l’apanage des femmes. Tes succès dans les compositions m’ont fait grand plaisir. Je me glorifie un peu de ta place de première en arithmétique.

Lorsque tu m’écris, donne moi des nouvelles de Valentine [Valentine de Gaudemar]. Je la crois tout à fait rétablie et voilà le beau temps qui la consolidera dans le bien. Fais mes compliments à Isabelle de Campou et parle moi d’elle dans tes lettres. Quoique vous ne soyez pas dans la même classe vous devez vous voir souvent. Il parait que les visites de ton frère [Fernand de Lubac] sont devenues rares. Vous devez avoir été contentes de voir Raymond de Campou.

Nous avons depuis avant hier les Gaudemar [Ferdinand de Gaudemar et Rose d’Agnel de Bourbon], ce qui nous fait grand plaisir. Ils se joignent aux Sallony [Jules Sallony et Amélie d’Agnel de Bourbon] pour te faire leurs amitiés.

Je t’embrasse de tout mon cœur ma chère petite-fille1

Cte d’Agnel de Bourbon