Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 13 mai 1872

Entrecasteaux le 13 mai 1872

Ma chère Gabrielle [Gabrielle de Lubac], dans ta lettre à ta mère, tu lui dis que tu attends une réponse de moi. De mon côté, j’attendais une lettre de vous autres qui me donnerait des détails sur votre sortie avec mon petit-fils [Pierre] Ménard car personne ne m’a écrit depuis lors. De cette manière, notre correspondance eut pu rester longtemps suspendue. Comme je tiens à ce qu’elle soit plus active, je prends la plume pour te répondre.

Heureusement, j’avais eu par [Pierre] Ménard tous les détails de cette délicieuse journée qu’il vous a fait passer et du régal le lendemain de tout le pensionnat. C’est une époque qui restera gravée dans votre mémoire et vous lui serez reconnaissance de sa complaisance.

Me voilà au milieu de tes bons parents depuis mardi dernier. Je devais venir avec ta tante Marie Caune [Marie d’Agnel de Bourbon] mais elle fut indisposée et ne pu partir avec moi. Nous espérons qu’aujourd’hui, elle viendra nous trouver. Seulement elle ne mènera pas Germaine [Caune] parce qu’elle ne peut rester que quelques jours attendu que sa fille Marie [Caune] fait sa première communion à la fin de ce mois, tu comprends qu’il faut qu’elle y soit présente. Je ne partirai pas avec elle. Je suis si bien ici que j’y prolongerai mon séjour, regrettant seulement que toi et ta sœur, vous ne soyez pas avec nous autres. J’espère que nous compenserons cela les vacances prochaines.

Isabelle de Gaudemar que nous avons gardée quelques jours à Marseille avant d’aller à Riez, nous a donné de vos nouvelles. J’ai appris avec plaisir que tes maux d’estomac avaient disparu. Profite de cette absence pour te bien nourrir afin de nous arriver fraiche et grasse. Quant à Pauline [de Lubac], comme elle mange volontiers la croute de pâte, je ne suis en peine sur son appétit. Embrasse la bien pour moi.

Fais en autant à la chère Valentine [de Gaudemar]. Dis leur à l’une et à l’autre qu’elles soient moins paresseuses pour m’écrire. J’envoie aussi à Isabelle de Campou des affectueux compliments. Quant à elle, nous la posséderons complétement aux vacances.

Ta mère est dans ce moment-ci dans une grande besogne avec sa nombreuse famille de vers à soie. Elle se lève de grand matin et trafique tout le jour. Ils vont très bien et sont sortis de la carte et monteront la semaine prochaine. Ce mouvement du reste fait du bien à ta mère. Ton père va bien. Richon [Marie de Lubac] n’a pas beaucoup grandi en taille mais elle a grandi en sagesse. Je la trouve plus raisonnable. Le travail ne la tue pas car elle joue tout le jour.

Ta tante Euphrosine [Bernard] qui était à Aups s’est hâtée de venir dès qu’elle a su mon arrivée. Nous faisons comme tu sais notre partie ensemble tous les jours. J’ai porté un jeu qu’on appelle le nain jaune. Je ne sais pas si tu le connais. on le joue à plusieurs personnes, il vous amusera aux vacances.

Tu t’apercevras ma chère Gabrielle que j’ai adopté dans ma lettre un nouveau genre de faire les V. C’est que j’ai voulu imiter ceux que tu fais dans tes lettres, seulement je les ai un peu amplifiés. Tu jugeras par ce moyen si ce genre est joli ou bien s’il est préférable de le corriger.

Je ne sais si à Lyon vous avez de plus beaux temps que nous autres. La pluie ici ne peut pas discontinuer. Nous avons eu cependant deux jours de Mistral. Il était froid et nous a obligé à faire du feu le soir.

Tous les habitants du château te font leurs compliments. J’attends que vous m’annonciez toutes de bonnes places en composition. En attendant, j’ai vu avec satisfaction que tu avais obtenu un bien et Pauline un très bien. Tu dois t’appliquer maintenant à devenir enfant de Marie, ce sera une véritable satisfaction que tu procureras à ton bon grand-père.

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Avant de demander à Richon ce qu’elle voulait te dire, elle t’annonce que ton vase a beaucoup de pensées. Si tu veux qu’elle te les envoie.

Monette qui est avec nous te fait ses compliments.

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 3 janvier 1872

Marseille le 3 janvier 1872

Ma chère Gabrielle [de Lubac], c’est toujours avec un grand plaisir que je reçois tes vœux de bonne année et que je te remercie des prières que tu as adressées à Dieu pour mon rétablissement. Comme elles partaient du fond d’un excellent cœur, elles ont été exaucées et je suis parfaitement bien maintenant. Seulement à cause des temps qui ne sont pas très beaux, je ne suis pas encore sorti.

Tu ne doutes pas, ma bonne Gabrielle, des souhaits que je forme pour toi. Ils se portent d’abord sur ta santé qui heureusement est bonne, et ensuite sur le travail, car il n’est qu’un temps pour apprendre et il faut le mettre à profit. Je désire que tu m’annonces de bonnes places en composition. J’aurais bien voulu t’embrasser en te donnant tes étrennes, je réserve cela pour plus tard, aux vacances. En attendant, voici ce que je tiens à ta disposition :

  • je te donne pour moi____________________________________________10 f
  • ta tante Sallony [Amélie d’Agnel de Bourbon] m’a remis pour toi_________5
  • ta tante Caune [Marie d’Agnel de Bourbon] m’a remis également pour toi__5
  • J’ai donc pour toi_______________________________________________20 f

Maintenant tu choisiras si tu veux que je te les garde pour les vacances ou bien si tu veux les retirer ou une partie. Tes tantes ajoutent mille amitiés. Raymond de Campou avait dû aller à Lyon et je comptais envoyer quelques bonbons par son occasion mais il a renoncé à son voyage.

Berthe [Sallony] et Pierre [Ménard] te font leurs compliments et moi je t’embrasse de tout mon cœur, ton bon grand-père

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Tu prends l’habitude d’écrire en pieds de mouche. Reprends l’écriture plus grosse que tu avais avant, je pourrai mieux te lire.

 

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 24 octobre 1871

Gemenos le 24 octobre 1871

Ma chère Gabrielle [de Lubac], ta lettre est venue me confirmer les détails que m’avait déjà donnés Fernand sur les contrariétés que vous avez éprouvées en arrivant à la gare d’Avignon de ne point trouver les religieuses qui devaient s’y rencontrer pour vous conduire jusqu’à Lyon. Je conçois combien votre embarras a dû être grand. La providence vous a inspirées l’heureuse idée d’aller vous informer au Sacré-Cœur d’Avignon de ce qui pouvait être cause de ce désappointement puisque la Supérieure vous a engagées de coucher chez elle, qu’une religieuse vous conduirait le lendemain aux Anglais où vous êtes arrivées en bon port. Vous y avez revu vos maîtresses avec beaucoup de plaisir. J’ai reconnu l’esprit de justice de votre responsable supérieure en vous faisant jouir de l’avantage accordé aux élèves qui rentrent exactement le jour fixé puisqu’il n’y avait pas de votre faute et que si vous aviez rencontré les religieuses qu’on vous avait indiquées, vous seriez rentrées le 10 au soir. Maintenant, avez-vous appris quelle a été la cause de l’inexactitude de ces sept religieuses ? Auraient-elles manqué le train, mais dans ce cas, elles auraient pris le train suivant. Toujours est-il que le pauvre Fernand était fort embarrassé et qu’il s’est trouvé bien heureux qu’on allégea sa part de responsabilité. Une chose que je désire savoir et que vous ne m’avez pas apprise, c’est si vous avez été obligées de payer encore la place d’Avignon à Lyon ou si à la gare on vous a tenu compte de vos billets pris à Marseille pour jusque Lyon.

Nous regrettons comme toi ma chère Gabrielle les moments agréables que nous avons passés ensemble à Entrecasteaux. Les réunions de famille sont si agréables. J’espère, si le bon Dieu me prête vie, de les renouveler l’année prochaine. En attendant, travaillez bien, tu as maintenant à gagner de devenir enfant de Marie. Je compte sur ton exactitude et ta bonne conduite pour mériter cet honneur. Mes quatre filles l’ont été, j’espère que mes petites filles ne dérogeront pas et que chacune d’elles obtiendra le grand cordon bleu.

A notre retour d’Entrecasteaux, nous sommes demeurés 4 ou 5 jours à la ville parce que ta tante était un peu fatiguée. Dès qu’elle a été bien, nous sommes venus nous installés à Gemenos avec Berthe [Sallony] et Pierre [Ménard]. Nous y resterons jusqu’après les fêtes de la Toussaint. Dis à Valentine [Caune] que son père [Henri Caune] est avec nous depuis hier soir. Il est venu dès que ta tante Marie [d’Agnel de Bourbon] a quitté la campagne. Il va bien et me charge de lui demander ce qu’il doit faire de divers objets qu’elle avait mis dans sa caisse, qu’il a encore. Elle fait sa seconde classe comme toi. Il faut qu’il y est de l’émulation entre vous deux. Fais lui mes amitiés et dis lui que j’attends avec impatience la lettre qu’elle m’annonce. Pauline [de Lubac], j’espère, se soutiendra bien en 4ème. Embrasse la pour moi. J’espère aussi qu’elle ne me fera pas attendre longtemps une de ses lettres. Pour toi, ma chère Gabrielle, tes lettres me font trop de plaisir pour que tu ne les renouvelles pas souvent.

Fais moi le plaisir de présenter mes hommages à Mad de Mortillet votre digne supérieure. Je suis bien content de vous savoir rentrées sous sa direction, bien que je n’ai qu’a me louer de Mad de Brémond, Supérieure d’Aix. Quoique je ne connaisse pas votre maîtresse générale, veille bien aussi lui présenter mes hommages.

Ta tante et ton oncle te font leurs amitiés, Berthe et son mari te disent mille choses affectueuses et Ferdinand ne veut pas être oublié auprès de toi. Pour moi, c’est toujours avec une nouvelle satisfaction et le cœur plein d’attachement que je me dis ton bon grand-père.

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Dis moi si tu as reçu les deux paquets que j’ai expédiés par la petite vitesse du chemin de fer, dont j’ai payé le port d’avance.

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 29 août 1871

Ste Marthe le 29 août 1871

Ma chère Gabrielle [de Lubac], j’ai appris avec satisfaction que ta santé s’était améliorée depuis que tu es dans ta famille. Il me tarde de te savoir entièrement rétablie afin qu’à la rentrée des classes, tu puisses reprendre les succès que tu as obtenus par ton application. J’espère que vous pourrez retourner aux Anglais, que l’ordre et la tranquillité se consolideront dans le courant de septembre. Je connais que vous éprouvez de la peine à quitter le Sacré-Cœur d’Aix où vous avez été si bien accueillies. Mais aussi aux Anglais vous avez de si bonnes maîtresses qui soupirent après vous.

Tes petites cousines dont je fais la classe chaque matin t’aiment beaucoup et te font leurs compliments. Louise [Caune] t’écrit par le même courrier. Elle conserve toujours un charmant caractère et beaucoup d’application à son travail. Tu la trouveras bien grandie.

Albert [Caune] qui a eu la fièvre scarlatine va tout à fait bien maintenant. La petite Germaine [Caune] est encore à la campagne de l’oncle Arnaud. Parce que l’air y est plus sec, elle va beaucoup mieux.

Nous avons presque tous les jours un petit spectacle fort amusant. Ce sont tes cousins qui se baignent dans le bassin. Louise [Caune], Suzanne [Caune] et Marie [Caune] nagent très bien. Elles plongent même et nagent entre deux eaux. Elles font toutes sortes d’amusement avec leur frère Henri [Caune] qui nage parfaitement.

Je te charge particulièrement ma chère Gabrielle après avoir fait mes amitiés à ta mère [Louise d’Agnel de Bourbon] et ton père [Eugène de Lubac], de faire une caresse pour moi à Mademlle Richon [Marie de Lubac] qui pense j’espère un peu à son grand-père.

Ignorant si Mad de Cadolle est encore auprès de vous autres, je lui adresse à tout hasard les compliments les plus empressés.

J’ai mis à la poste une petite brochure à l’adresse de ton père.

C’est avec le sentiment de la plus vive affection que je me redis ma chère Gabrielle ton bon grand-père.

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 1er mai 1871

Marseille le 1er mai 1871

Ma chère Gabrielle [de Lubac], j’ai à répondre à ta charmante lettre. Je le fais bien volontiers avant de partir pour Hyères avec ta tante Sallony [Amélie d’Agnel de Bourbon]. C’est après-demain, mercredi, que nous nous mettrons en route pour aller rejoindre Berthe [Sallony] et Pierre [Ménard]. Nous avons tout autant envie de les embrasser qu’ils en ont eux-mêmes. Tu dois savoir que ton père [Eugène de Lubac] leur a fait une visite d’un jour en retournant à Entrecasteaux. Il nous a quitté plus tôt qu’il ne croyait à cause des élections parce qu’il remplit les fonctions de Maire comme le premier conseiller inscrit au tableau par évènement. Il aurait pu se dispenser de tant se presser puisqu’on a décidé de s’abstenir de tout vote, ce qui selon moi est une très mauvaise détermination car le proverbe dit qui quitte la partie la perd.

Je conçois qu’on est un peu surpris lorsqu’on change de résidence, mais pour vous autres, ce doit être beaucoup plus facile de s’habituer que vous retrouvez Mad de La Rochette qui vous aime beaucoup et une Supérieure dont la bonté est bientôt sympathique. Les dames du Sacré-Cœur offrent un très grand avantage. Elles joignent à la bonne éducation, à la douceur de leur caractère, des manières séduisantes. Lorsqu’on joint à cela la bonté du cœur, on conçoit facilement qu’on les aime beaucoup. Tu dois donc être bien habituée à présent. Je ne doute pas que tu ne mettes beaucoup de bonne volonté et d’empressement à plaire à ses dames et que tu n’apportes beaucoup d’application à tes études. Que fait la chère Pauline [de Lubac] ? Je ne pense pas que je recevrai une lettre d’elle à Hyères. Quelle classe fait-elle ? Embrasse la pour moi.

Je fus déjeuner dernièrement au Prado. Isabelle de Campou me charge de vous faire ses compliments. Je ne vois pas qu’on s’occupe de la faire travailler. C’est fâcheux parce qu’elle reculera au lieu d’avancer.

Il est possible qu’après Hyères, j’aille faire une visite à ta mère [Louise d’Agnel de Bourbon]. Elle a renoncé à aller faire des vers à soie au Plan. Ton père [Eugène de Lubac] a consulté ici un oculiste qui lui a prescrit un régime sévère. Il parait qu’il le suit et commence à se trouver mieux pour sa vue

Mad de Cadolle et ta tante Euphrosine [Bernard ?] m’attendent pour faire la partie.

Tes tantes et tes oncles te font leurs amitiés et moi je t’embrasse de tout cœur. Ton bon grand-père

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 29 mars 1871

Marseille, le 29 mars 1871

Ma chère Gabrielle [de Lubac], je me hâte de profiter du peu de temps qui me reste encore pour avoir la lucidité ordinaire pour exprimer mes pensées afin de répondre à ta bonne lettre que j’ai reçue avec grand plaisir. Ne t’effraye pas trop du début de ma lettre, mieux que personne autre tu dois en comprendre le sens puisque tu es convaincue (d’après ta lettre) que je rajeunis tous les jours. Or par l’effet de ce rajeunissement si rapide, je ne puis tarder de rentrer bientôt en nourrice et tu comprends qu’alors ne me nourrissant que du lait de ma nourrice, tout au  plus ne pourrais-je articuler que papa, mama. Cependant, comme pour en arriver là il me faudra nécessairement repasser de nouveau sur les bancs de l’école, je pourrais bien profiter alors d’un moment de vacances pour écrire à ma chère Gabrielle.

Nous jouissons comme tu le dis de la présence d’Isabelle [de Gaudemar] et de Valentine [de Gaudemar], mais nous regrettons de ne pas posséder avec elles Gabrielle [de Lubac] et Pauline [de Lubac]. Il faut espérer qu’après Pâques nous en serons dédommagés car d’une manière ou d’une autre, il faudra bien rentrer en pension. J’avais espéré qu’après la paix avec les prussiens, les Anglais rouvriraient les classes mais voilà que d’autres évènements fâcheux d’un autre genre rendent cette réouverture incertaine. En l’état, j’ai cru devoir écrire à la Supérieure afin que si vous ne pouviez pas rentrer de suite chez elle, elle voulut bien m’accorder sa coopération auprès du Sacré-Cœur d’Aix pour y obtenir quelques facilités. Dis à ta maman que je lui ferai part de la réponse lorsque je la recevrai. Mon projet serait d’y mettre Valentine en attendant.

La première communion de Maxime [de Gaudemar] est fixée au lundi de Pâques. En conséquence, si nous sommes tous bien (je dis cela parce que Amélie [d’Agnel de Bourbon] et moi avons été un peu fatigués par la grippe), nous irons coucher le jour de Pâques à Aix pour y être de bonne heure le lendemain. Je pense que Rose [d’Agnel de Bourbon] viendra de son côté et ensuite elle emmènera une ou deux de ses filles.

Comme malgré mon rajeunissement j’ai gardé deux jours le lit avec un peu de fièvre, je n’ai pu écrire comme je le comptais en vous envoyant les oranges. Je n’ai pas pu aussi comme je le désirais, en envoyer pour ta tante et pour Lorgues. Je suis charmé qu’elles vous aient fait plaisir.

Dis à ta maman [Louise d’Agnel de Bourbon] que sa commission n’a pas été encore remplie, Amélie ne sortant pas et encore moins Marie qui a été esclave pendant longtemps auprès de cette pauvre petite Jeanne qu’elle a eu ensuite la douleur de voir mourir. Dis lui que Isabelle voulant acheter un manuel de piété, je crois qu’elle ferait bien d’autoriser l’échange. Si elle y consent, elle me le dira.

Jules Sallony arrive ce soir. Berthe [Sallony] et Pierre [Ménard] sont à Hyères. Les évènements qui les ont effrayés les ont fait partir parce que dans la position de Berthe, les grands effrois sont très mauvais et qu’elle en avait éprouvé un lorsque son mari était de garde au Palais.

Embrasse bien pour moi ta chère maman [Louise d’Agnel de Bourbon], ton cher père [Eugène de Lubac], Pauline [de Lubac] et Richon [Marie de Lubac], mes amitiés à Mad Ferdinand et mes civilités à Mad de Canole que je désirerais bien connaître.

Pour toi ma chère Gabrielle c’est de tout mon cœur que je t’embrasse. Ton vieux grand-père.

Cte[Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1

On a demandé à Pierre l’adresse de son oncle.

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 4 mars 1870

Marseille, le 4 mars 1870

Ma chère Gabrielle [de Lubac], c’est toujours avec un bien grand plaisir que je reçois de tes nouvelles. D’abord parce que tu m’exprimes tes tendres sentiments pour moi, qui sont bien partagés de mon côté, et ensuite parce que tes lettres renferment constamment l’annonce des bonnes places de composition que tu as obtenues. J’espère comme toi que tu recevras à Pâques quelques récompenses de ton application. Tu apprécies maintenant l’avantage de se bien conduire et tous tes parents jouissent de tes succès. Tes excellentes maîtresses doivent redoubler d’attachement pour toi. Continue toujours de même et nous aurons plus tard la satisfaction de te voir reçue enfant de Marie, ce qui est un certificat de sagesse pour toute la vie.

Votre respectable supérieure, Mad de Serre, a éprouvé une grande affection par la mort de son oncle le cardinal de Bonald. Témoigne lui de ma part combien je m’y associe, adoucissez lui son chagrin par vos soins et votre bonne conduite.

Ta tante Rose [d’Agnel de Bourbon] et Isabelle [de Gaudemar] viennent de nous quitter ce matin à 9hres pour aller à Aix pour la journée et repartir le soir pour Riez. Elle mettront en passant Maxime [de Gaudemar] au pensionnat de Ste Croix1 (autrefois les frères gris). Ce petit drôle ne faisant rien à Avignon à cause de sa paresse et de sa mauvaise tête, je l’aurai plus rapproché et par conséquent je pourrai mieux le surveiller. Il est resté seulement 2 jours avec nous. Le départ de tante Rose nous est bien pénible, nous restons seuls avec ma fille Amélie [d’Agnel de Bourbon] à la maison, son mari [Jules Sallony] étant encore à Paris.

Tu m’avais annoncé une lettre de Valentine [de Gaudemar]. Je l’attends encore. Dis lui  que je la recevrai avec plaisir. Recommande lui seulement qu’elle s’applique à l’écriture pour que je puisse la lire. Fais lui mes amitiés ainsi qu’à Pauline [de Lubac] dont je recevrai aussi des lettres bien volontiers. J’espère qu’on est toujours content d’elle et qu’elle fera comme toi une bonne élève.

Berthe [Sallony] que nous voyons souvent va bien et te fais ses compliments, tes tantes en font autant et moi, ma chère Gabrielle, je te renouvelle l’assurance de bon bien sincère attachement. Ton bon grand-père.

Cte[Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon2

Applique toi à gagner un bon accent pendant que tu es à Lyon, cela sied si bien à une jeune demoiselle.

Dis bien des choses de ma part à ta cousine [Isabelle de Campou]. Son frère Pierre [de Campou] ne retournera à Paris qu’après Pâques.

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 5 décembre 1869

Marseille le 5 Xbre 1869

Ma chère Gabrielle [de Lubac], ta maman est retournée hier à Entrecasteaux. En partant, elle m’a laissé une lettre pour toi. Je te l’expédie mais je tiens à y joindre quelques mots pour te féliciter sur tes succès et t’exprimer tout le plaisir qu’ils m’ont causés. On ne peut avoir de meilleures places en composition que les tiennes. Continue toujours de même et, en y joignant une parfaite conduite, tu seras sur la voie pour obtenir d’être enfant de Marie avec le ruban bleu. Ta mère [Louise d’Agnel de Boubon] et toutes tes tantes ont obtenu de l’être lorsqu’elles ont quitté la pension. J’espère que mes petites filles marcheront sur leurs traces. C’est un certificat qui fait honneur toute la vie.

Le départ de ta mère a été un peu adoucis par l’idée que nous la reverrons bientôt car elle viendra assister au mariage de Berthe [Sallony] et je pense qu’il aura lieu dans le courant de janvier. Nous cherchons une maison que nous n’avons pas encore trouvée. Je regrette que vous ne soyez pas ici pour y assister.

Vous avez vu dernièrement votre oncle [Henri] de Blowitz. Il nous a donné de fort bonnes nouvelles de vos santés. Il parait que vous supportez très bien les premiers froids qui doivent être encore plus forts à Lyon qu’ici. L’essentiel est que vous soyez bien couvertes et que vous fassiez de l’exercice pendant les récréations.

J’ai appris avec plaisir que ta sœur Pauline [de Lubac] s’était habituée facilement à la vie de pension. Embrasse la pour moi en lui recommandant de suivre ton exemple. Mes amitiés à Valentine [de Gaudemar]. Je leur écrirai bientôt à l’une et à l’autre mais aujourd’hui, il faut que je te quitte pour aller entendre la messe et ensuite déjeuner chez ma fille Mad Caune [Marie d’Agnel de Bourbon]. Sa fille Louise [Caune] va tout à fait bien. Elle attend le beau temps pour faire sa première sortie. Les autres enfants vont bien.

Ta tante [Amélie d’Agnel de Bourbon], ton oncle [Jules Sallony] et Berthe [Sallony] te font leur compliment et moi je t’embrasse de tout mon cœur. Ton bon grand-père.

Cte[Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 14 août 1869

Mauroue1 le 14 août 1869

Ma chère Gabrielle [de Lubac], je viens te féliciter sur tes succès à la distribution des prix qui a eu lieu aux Anglais, tu ne pouvais m’annoncer des nouvelles qui me fussent plus agréables. Tu dois être satisfaite de toi-même et t’engager à continuer l’année prochaine. Pour cela, ne néglige pas de travailler un peu pendant les vacances. Tu as aussi un autre rôle à remplir, c’est de mettre ta sœur Pauline [de Lubac] au courant des études des Anglais puisqu’elle doit t’y accompagner cette année. Tu sais que nous avons le projet d’aller vous voir en quittant Riez. Ce sera sans doute dans le courant de la semaine qui suivra celle où nous allons entrer. Nous voulons celle-ci jouir de la compagnie des Blowitz [Henri de Blowitz et Anne Amélie Arnaud]2 que nous attendons maintenant tous les jours. Je pense qu’ils nous indiquerons le jour de leur arrivée afin qu’on puisse aller les attendre à la ville. Par la lettre de Fernand, il semble qu’ils arriveront lundi 16 et alors aujourd’hui en allant à la ville on doit trouver une lettre d’eux.

Embrasse Pauline [de Lubac] et Richon [Marie de Lubac] de ma part. Dis à cette dernière que j’espère la trouver toujours bien gentille.

Nous avons de forts beaux temps pour jouir de la campagne. Aussi avant hier  tout le monde excepté moi sont allés l’après midi voir les Fonvert3. Comme la voiture ne peux pas y aller, je suis resté tout seul. Mercredi prochain, ils y vont tous dîner et moi je m’amuserai à faire du patin. Je serai content de voir s’amuser les autres.

Chacun te fait ses amitiés et a été enchanté des prix que tu as obtenus.

Je te quitte pour aller diner car l’appétit ne me manque pas mais auparavant je t’embrasse de tout mon cœur en me disant ton bon grand-père.

Cte[Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon[1. Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 14 août 1869]

  1. Propriété de Ferdinand de Gaudemar à Riez
  2. Voir aussi l’article sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Opper_de_Blowitz
  3. Il y a eu trois mariages entre des Fonvert et des Raphélis-Soissan

Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 26 juin 1869

Ste Marthe le 26 juin 1869

Mes chères petites filles, je vous remercie toutes les deux des bonnes lettres que vous m’avez écrites pour me souhaiter une bonne fête. Vous ne pouviez pas m’offrir des bouquets plus agréables que de m’annoncer, toi Valentine [de Gaudemar], que tu étais reçue de la congrégation des anges et toi Gabrielle [de Lubac] que tu avais obtenu la croix de sagesse et en même temps que vous aviez de bonnes places en composition. Cela ne m’a pas empêché d’être très sensible et de vous en remercier des pantoufles et du bonnet que vous m’annoncez. Je viens de recevoir les pantoufles par la poste, elles sont fort jolies. J’attends le bonnet aux vacances. J’espère aussi qu’à cette époque, vous me porterez aussi des prix, ce qui me causera une grande joie.

J’ai à vous annoncer une bien triste nouvelle. Le pauvre M. Caune, le père (c’est à dire le grand-père) est mort avant-hier. Il a été regretté universellement parce que c’était un brave homme qui faisait beaucoup de bien. Aussi doit-il jouir maintenant de la gloire éternelle. Vous ferez bien d’écrire conjointement une lettre de condoléances à votre tante Marie [d’Agnel de Boubon] dans laquelle vous lui exprimerez vos regrets et les ferez exprimer à votre oncle [Louis Henri Caune] qui est bien chagrin de la perte de son père.

Ta petite pensée, ma chère Gabrielle, est une idée fort heureuse que tu as eue. Elle m’a fait plaisir. Vos pensées mes chères petites filles me sont fort agréables. Je les mérite car je vous aime bien et pense souvent à vous autres.

Je présume que lors des vacances qui approchent, on vous conduira à Marseille. Il sera bon de vous en assurer auparavant et de nous en avertir.

Nous attendons ma fille Amélie [d’Agnel de Bourbon] et Berthe [Sallony] un de ces jours pour passer quelques jours ici.

Dis moi ma chère Valentine comment il se fait que ton encre est blanche et celle de Gabrielle noire ? Je t’engage aussi à mieux former te lettres parce que j’ai beaucoup de peine à te lire. Il faut ménager ma vue.

Je continue d’aller mieux et vous embrasserai bien volontiers pour les vacances.

Toutes vos cousines vous font leurs compliments. Elles m’ont offert leurs bouquets le jour de St Jean-Baptiste mais la mort de M. Caune a rendu cette fête bien triste.

Veuillez présenter mes hommages à votre respectable supérieure Mad de Serre et recevoir pour vous deux les tendres embrassements de votre bon grand-père.

Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon1