Ste Marthe le 27 août 1872
Ma chère Gabrielle [de Lubac], il est juste que je réponde à ton aimable lettre que j’ai reçue avec bien du plaisir parce qu’elle me prouve que tu penses quelques fois à un vieux grand-père qui t’aime bien et qui regrette d’avoir joui si peu de temps de ta présence. J’espère qu’au moment de retourner aux Anglais, ta mère [Louis d’Agnel de Bourbon] vous accompagnera et viendra séjourner plus longtemps à Gemenos où nous serons alors, car voici le projet : Demain 28, Amélie [d’Agnel de Bourbnon] et Berthe [Sallony] partent de Sylvanes pour passer deux jours à Lodève chez M. [Eugène] Ménard père. De là, elles iront chez Mad de Graves à Saint Martin où elles ont donné rendez-vous à Jules Sallony. Berthe y prolongera un peu son séjour mais Amélie n’y restera que quelques jours. Viendra-t-elle nous donner quelques jours à Ste Marthe ? C’est à quoi nous l’engageons fort. J’ignore si elle le fera. Ensuite nous irons nous installer à Gemenos pour tout le mois de septembre et un peu d’octobre. Fais part de cet itinéraire à ta mère pour qu’elle soit au fait de nos demeures.
Tu sauras, ma chère Gabrielle, que Ste Marthe est devenue le quartier du plaisir par excellence. Deux fois les Soissan [Maurice de Raphélis-Soisan et Léontine Reinaud de Fonvert]1 nous ont invités à deux soirées où l’on a joué de petites comédies. Le cousin Martin y était avec la famille Dolieule venant de la ville, il est vrai qu’ils ont eu l’attention délicate d’envoyer chercher et de ramener en leur voiture les invités. Je n’y suis pas allé parce qu’étant toujours fatigué, je me ménage, mais ma fille et tous les enfants y ont assisté. Un thé comme de raison s’en est suivi.
Dimanche, c’était la fête de Tour Sainte. L’évêque y a passé la journée et y a dit la messe. Il était invité chez M. Arnaud mais à cause du deuil de son père, il a refusé. Il est venu nous voir seulement après le diner. Le diner était fort beau. J’y assistai ainsi que Henri [Caune] et Marie [d’Agnel de Bourbon], ainsi que Henri fils [Caune] et Louise [Caune]. Nous étions plus de 40 à table. Après avoir porté la santé du jeune époux, les neveux de M. Arnaud ont porté la mienne avec des paroles très flatteuses. Je me trouvais très bien ce jour-là, aussi ai-je été content de moi-même. Seulement, je me suis tellement ménagé pour le mariage que malgré les 15 plats qu’il y avait, je suis sorti de table avec appétit.
Tous les habitants de céans t’adressent leurs meilleurs compliments. Louise prépare son trousseau pour aller à Orléans, ce qui ne l’amuse pas beaucoup.
Embrasse bien fort ta bonne mère pour moi, fais en autant à ton cher père [Eugène de Lubac], ajoute lui seulement que je ne reconnais plus son exactitude ordinaire car depuis le numéro du journal Le Var du 15 de ce mois, je n’en ai pas reçu d’autres. Il m’avait cependant bien promis qu’il me les enverrait régulièrement. S’il veut réparer cet oubli, il me fera plaisir en m’adressant tous ceux qui me manquent. Il m’importe de suivre la discussion qui doit avoir lieu au conseil général au sujet de l’hospice des insensés. Je voulais m’abonner pour trois mois mais je ne l’ai pas fait d’après la promesse faite par ton père de m’envoyer chaque fois son journal.
Je pense que tu es exacte, ma chère Gabrielle, à travailler à tes devoirs de vacances. Mille amitiés à Fernand [de Lubac] et à Pauline [de Lubac]. Ils doivent aussi travailler un peu chaque jour. Es-tu contente de Richon [Marie de Lubac] ? Embrasse la pour moi. Ta tante Ferdinand [Rose d’Agnel de Bourbon ?] parait avoir pris racine à La Salette ainsi qu’Isabelle [de Gaudemar ?], elles vont revenir deux saintes.
C’est du meilleur de mon cœur que je me dis ton bon et tendre grand-père. Cte [Jean-Baptiste] d’Agnel de Bourbon2
Rappelle à ta mère les sonnettes.
J’avais prévenu ton père qu’on n’avait que jusqu’à la fin de ce mois pour retirer l’excédent de l’argent déposé sur les rentes réduites de l’emprunt. Rappelle le lui afin qu’il fasse ce qu’il voudra. Pour moi, j’ai écris à MM. Droche Robin de retirer mon excédent parce que je veux vendre ma misère de 36 f de rente.
- Maurice de Raphélis-Soissan et Léontine de Fonvert habitaient Clot Bey à Sainte Marthe ↩
- Lettre de Jean-Baptiste d’Agnel de Bourbon à Gabrielle de Lubac du 27 août 1872 ↩